1 photographe en 10 questions

1 photographe en 10 questions

Interview d’un photographe amateur

Rien ne vaut une bonne petite interview pour bien commencer la semaine et ça tombe bien, j’ai de quoi en publier une ! Je vous présente Patrice Viale, un photographe amateur que j’apprécie beaucoup. Il fait partie de ces personnes travaillant aussi bien en numérique qu’en argentique. Ce que j’aime chez Patrice ? C’est simple, tout d’abord l’humain aussi discret que sympathique, sa simplicité et ses photos en noir et blanc. Mais je n’en dis pas plus en vous laissant le découvrir par vous-mêmes. Bonne lecture !

Portrait

Comment es-tu venu à la photo ?

C’est une vieille envie à laquelle j’ai cédé fin 2009. Elle date du début des années 2000 quand j’ai rencontré une personne qui tirait elle-même ses photos. C’était du noir et blanc et le résultat était tel que ce support m’a séduit. Je voulais déjà investir dans un Reflex mais on m’a déconseillé ce choix à l’époque. Conseil que j’ai suivi (je n’ai donc pas investi à ce moment-là). Je passe naturellement ma période au compact non pas à cause de ce type de boîtier mais pour une simple raison : mes photos à l’époque était plus dans une démarche familiale et souvenirs. Ma volonté, en m’offrant un Reflex en décembre 2009, était de développer une démarche artistique, réaliser des photos qui racontent une histoire : revenir à cette émotion découverte dans les années 2000 par cette personne et ses tirages.

– Plutôt Couleur ou N&B ?

Bonne question, difficile de trancher. Aujourd’hui une nette préférence pour le N&B. Mes plus belles photos sont celles en N&B. J’aime travailler la luminosité et le contraste. Mais j’aime aussi travailler en couleur surtout sur des tons pastels ou saturés (en fonction des ambiances). Je souligne un point important pour moi. J’adhère à la démarche HDR pour gagner en dynamique. C’est-à-dire obtenir des hautes lumières et des contrastes sans perte de détail. Je n’adhère absolument pas à la démarche de certains photographes qui utilisent cette méthode pour saturer à outrance les couleurs de leurs photos.

– Tu es plus pelloche ou CF ?

Aujourd’hui : pelloche pour mes travaux personnels. L’avantage de l’argentique est de pouvoir travailler en moyen format (par exemple) à un coût acceptable. Ce dernier offre une richesse de détail et de profondeur impressionnante que l’on ne peut avoir avec nos capteurs numériques « grands publics ». Le film oblige à réfléchir à la photo, de remettre la notion de temps dans son travail. Pour rappel, on n’a pas d’écran LCD pour savoir si notre photo est bonne ou non. J’ai été agréablement surpris du rendu et de l’émotion qu’une photo floue peut dégager. En numérique, via l’écran LCD, il est fort probable que cette photo aurait été supprimée. En argentique le travail d’édition est post-prise de vue et non pendant. En numérique, il ne faut pas supprimer une photo parce qu’elle nous paraît ratée, on peut avoir d’agréable surprise.

La CF est autre outil de travail comme les autres. Bien qu’un peu délaissé en ce moment, elle me procure aussi du plaisir. Ma façon de travailler en numérique a changé depuis que je me suis mis à l’argentique. Il n’y a pas un format contre l’autre mais les deux en fonction des besoins. Mais je vous assure que mettre côte à côte un tirage argentique et un tirage numérique, mon choix se porte sur l’argentique. On a une impression de matière que le numérique n’a pas même sur des papiers de qualité. Cela s’explique par le simple fait qu’en numérique, l’encre va se coucher sur le papier alors qu’en argentique l’argent est dans le papier. C’est ce point qui donne cette impression de matière.

– APS-C ou Full Frame ?

Full Frame. Ceci dit je dits ça aux lecteurs on peut faire de très belles photos avec un APS-C. J’ai gagné un concours avec une photo produite avec un 450D (APS-C). Le tirage en A3 est sublime. Donc ne vous focalisez pas sur les boîtiers Full Frame. Le choix du Full Frame s’est imposé à moi pour le format du capteur, la dynamique des couleurs, le rendu des flous d’arrière plan (plus doux), la montée en ISO et pour la qualité de ces boîtiers pro.

– Focale fixe ou Zoom ?

Focale fixe le plus possible. Ma préférée : le 135mm F/2 L de chez Canon (je confirme, cette focale est magique !!!). La focale fixe m’oblige à réfléchir à (aux) l’objectif(s) à emporter en fonction du thème, du sujet ou du lieu. C’est un exercice que j’aime bien, on connaît de fait son cadre de prise de vue, ses points forts et ses faiblesses. Le zoom a l’agréable avantage d’être multi-focales et donc d’être à l’aise dans pas mal de situation.

– Une couleur,  jaune, rouge, bleu ou vert ?

Rouge tout simplement parce que mon premier boîtier était un 450D et qu’une fois que l’on a acheté de bons objectifs, on reste sur la même marque. Je ne me vois pas revendre tout mon matériel pour acheter l’équivalent dans une autre marque. Surtout le gain qualitatif n’est pas évident à voir (s’il existe). En argentique, j’ai un Mamiya 645J avec différentes focales fixes.

– Tu es pro ou amateur ?

Amateur qui aimerait bien lancer une activité semi-pro. J’entends par là que je n’en ferais pas mon métier. Tout travail mérite salaire. Je sais le travail et l’investissement que représentent une activité photographique. Il ne m’est pas concevable, aussi par respect des photographes pro, de proposer des séances de photos gratuites ou à prix cassé. Il faut être cohérent avec soi-même : si on réalise une prestation professionnelle, cela a un prix.

– Une préférence pour le Studio ou la lumière du jour ?

La lumière du jour sans aucun doute. Son potentiel se trouve dans l’environnement et du contexte dans lequel on se trouve au moment de photographier. Un avantage : on n’a pas à la préparer (vs en studio). Son inconvénient : on ne la maîtrise pas. La lumière peut-être là puis d’un coup disparaître derrière un nuage et tant pis pour la belle photo que l’on avait vu en tête.

– Quel style photo te caractérise le mieux ?

Les photos d’enfants ! J’adore les enfants (rires), c’est un plaisir de travailler avec eux. Ils sont si naturels et insouciants qu’une fois mis en confiance et en les laissant faire on obtient de très belles photos naturelles.

– Quel sont tes projets à venir ?

Ouvrir mon site Internet, proposer une activité autour de la photo d’enfants. Travailler à la chambre photographique pour mes projets personnels et faire du tirage argentique de qualité.


– Comme tu es toi aussi un adepte de l’argentique, tu auras le droit à la question bonus.
  Kodak ou Ilford ?

Ilford. Ils ont fait le choix de se positionner uniquement sur le créneau du N&B. Le rendu argentique du N&B est très chaleureux. On a de la matière. Je peux vous dire que lorsqu’on voit un tirage issu d’une Delta100 on est sous le charme ! En tout cas moi je suis conquis. Et honnêtement, je pense qu’elle ne vole pas sa réputation de meilleur film dans sa catégorie. Je prends du Kodak pour le rendu pastel typique des Portra. Il n’existe pas d’équivalent en argentique. Pour les films positifs, mon choix est Fuji.

Je travaille aussi avec des films BRF400+ issus d’une collaboration entre Bergger, Filmotec, Harman et Labo-argentique. C’est la pelloche “française” pour mes prises de vue en format 35mm en N&B. Il n’y a pas une marque contre l’autre mais choisir ses outils en fonction de sa sensibilité et de ses besoins. Et en argentique, il n’est pas question seulement du film mais aussi du papier sur lequel la photo sera tirée. Sur ce point, mes choix se portent sur Ilford et Bergger.

 

"Oslo - Subway" : petit déplacement à Oslo pour le semi-marathon. On en a profité pour visiter la ville. J'avais sur moi un Olympus XA (un boitier argentique compact télémétrique). Le gros avantage du télémètre est de pouvoir descendre en vitesse et ainsi obtenir ce filet à main levé. La position du personnage, seule et statique, renforce le contraste de la scène. Le fait de pouvoir travailler sans trépied est agréable. Le boitier est petit donc discret. Pas de gros matis (Reflex, trépied, ...). On peut ainsi saisir un instant dès qu'il se présente, sans mise en scène et sans attirer l'œil du sujet.

“Oslo – Subway” : petit déplacement à Oslo pour le semi-marathon. On en a profité pour visiter la ville. J’avais sur moi un Olympus XA (un boitier argentique compact télémétrique). Le gros avantage du télémètre est de pouvoir descendre en vitesse et ainsi obtenir ce filet à main levé. La position du personnage, seule et statique, renforce le contraste de la scène. Le fait de pouvoir travailler sans trépied est agréable. Le boitier est petit donc discret. Pas de gros matis (Reflex, trépied, …). On peut ainsi saisir un instant dès qu’il se présente, sans mise en scène et sans attirer l’œil du sujet.

 

© Patrice Viale - "Dans l'attente..." : c'est ma première série avec mise en scène et un modèle. Le 5DmkII a été poussé dans ses limites. Peu de lumière, montée à 3200 ISO. Je n'aime pas le "bruit" (ou grain) en couleur. Je converti pratiquement toujours en N&B. Le rendu de ce N&B est proche de l'argentique ce qui renforce l'ambiance de cette série (je ne faisais pas d'argentique à cette époque). Le thème était les années folles. Dès que j'ai vu cette photo. J'ai senti son potentiel. Le cadrage carré était une évidence pour moi. Le lieu de la séance est un restaurant avec de grands miroirs au mur. Ils permettent de jouer avec les reflets. On a essayé au début les flashs mais impossible d'obtenir une belle photo. On est passé rapidement à prise de vue sans flash en montant en Iso.

© Patrice Viale – “Dans l’attente…” : c’est ma première série avec mise en scène et un modèle. Le 5DmkII a été poussé dans ses limites. Peu de lumière, montée à 3200 ISO. Je n’aime pas le “bruit” (ou grain) en couleur. Je converti pratiquement toujours en N&B. Le rendu de ce N&B est proche de l’argentique ce qui renforce l’ambiance de cette série (je ne faisais pas d’argentique à cette époque). Le thème était les années folles. Dès que j’ai vu cette photo. J’ai senti son potentiel. Le cadrage carré était une évidence pour moi. Le lieu de la séance est un restaurant avec de grands miroirs au mur. Ils permettent de jouer avec les reflets. On a essayé au début les flashs mais impossible d’obtenir une belle photo. On est passé rapidement à prise de vue sans flash en montant en Iso.

 

Je remercie Patrice d’avoir accepté cette interview. En attendant son site internet et de pouvoir le rencontrer dans ma région, je vous laisse découvrir sa page 500px et celle de Flickr.
 

1 notes + Add comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.