1 photographe en 10 questions

Quoi, une interview le jeudi ? Oui exceptionnellement, l’interview de la semaine a lieu ce jour et non vendredi car je serai absent toute la journée. En plus, il aurait été dommage de ne pas vous présenter l’invité de la semaine. D’ailleurs, ce photographe pas avare pour deux sous, aime partager son workflow avec les amateurs en plus de réaliser des photos de toute beauté aux couleurs éclatantes ou en noir et blanc structuré. Je préfère m’arrêter là car il y en aurait trop à dire sur son travail et je laisse la parole à Edouard Puginier pour qu’il vous donne sa vision de la photographie. Bonne lecture !

© Christoph Vogelbusch

– Comment es-tu venu à la photo ?

Je dessinais sans cesse enfant et aujourd’hui le domaine créatif (communication, conception d’interfaces de logiciels, webdesign, etc.) constitue une majeure partie de mon activité. Ajoutons à cela un vif goût pour l’observation, la découverte et la nature, toujours avec un grand souci de détail ; je crois que l’on doit bien cerner les raisons de mon intérêt pour la photo.

Mais je n’oublierai jamais l’apport en premier lieu de mes parents et de tout ce qui a pu entourer mon enfance. Ils ont sillonné le Sénégal avec ma sœur et moi, et je me rappellerai toujours de ce Minolta AF 7000 qui nous suivait (les précédents, que je n’ai pas connus étaient un Starlet, Zenit TTL, Minox 35GT, Polaroid SX-70 cuir, Minolta XD7). Je le transportais de temps en temps et me souviens de cette sorte d’émerveillement que j’avais devant ce boîtier, tous ces boutons, etc. Puis adolescent, ce fût Madagascar et enfin la Réunion (Canon EOS IX, Canon IXUS). Je suis convaincu du formidable apport — même s’il est difficile à mesurer — de toutes ces découvertes.

– Couleur ou N&B ?

Certains aimeraient me faire hurler « COULEUR » en tapant des poings et pieds, considérant que je suis un « anti » N&B. Ma réponse la plus brève consiste alors à dire que l’une de mes galeries ne commencerait pas par une image N&B si tel était le cas 🙂

En réalité, ce qui m’insupporte (au fond de moi, cela me rend davantage triste), c’est l’utilisation devenue presque systématique pour nombre de personnes du N&B (et autres traitements destructifs), sans que celui-ci ne puisse être justifié d’aucune manière. Les raisons ? Probablement la facilité, la mode et le besoin d’attachement historique de la Photo. Traiter la couleur, c’est dur (je chamaille toujours en disant que traiter une couche, c’est toujours plus simple que d’en traiter minimum trois) : Allez pof, un p’tit N&B et ça roule, tout le monde aime en plus ! L’argument du « mauvais temps » et des couleurs qui ne sont « pas au rendez-vous » pour justifier un traitement N&B, sépia, ou tout autre traitement vieillissant, j’appelle cela un « abandon face à l’adversité ». Quand on s’implique dans la photo, il y a un moment où la pratique du traitement, même si c’est long et que cela prend du temps, vaut mieux que de céder aux facilités des modes et besoins psychologiques de nos esprits à vouloir toujours et sans cesse ancrer les photos dans le passé. Autrefois justement, la vie était aussi en couleur…

Tous ces parents aujourd’hui, qui prennent uniquement des photos de leurs enfants à la mode Instagram et N&B… quelle tristesse de gâcher prématurément un cliché. Un jour, les enfants diront « Mais vous n’avez pas de photos de moi normales, en couleur, comme la vie ? »

Bon, comme il faut que j’évite d’écrire mon futur article dans la réponse à cette question, je conclue ^^ : Le N&B, nombreux sont ceux qui l’utilisent, rares ceux qui le maîtrisent. Certaines personnes créent cependant de véritables œuvres en la matière, et on comprend alors qu’elles ont fait ce choix pour de pures et sublimes raisons esthétiques ; mais la couleur reste ma méthode de rendu préférée. J’aimerais aussi renvoyer à la précédente interview de Fabien Mahaut dont j’ai particulièrement apprécié la réponse à cette question (interview à relire ICI).

– Péloche ou CF ?

Compact Flash (en plus c’est le cas). J’ai bien dû presser le déclencheur sur les appareils de mes parents quelques fois, mais je suis du genre à avancer avec mon temps. L’argentique ne représente aujourd’hui pour moi aucun plaisir ou justification esthétique (rendu) qui me soient nécessaires, tant personnellement que professionnellement.

– APS-C ou Full Frame ?

Les deux, étant équipé d’un 5D Mark II et d’un 7D, chacun dans un but précis. Mais mon premier appareil, un Canon PowerShot G5 demeure un fidèle compagnon.

– Focale fixe ou Zoom ?

Ici aussi, je possède les deux car il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution. Théoriquement, le développement d’une optique (fixe ou non) répond à un besoin, lequel appartient à chacun. J’avoue m’élever un peu contre le dictat consistant à faire croire qu’une optique fixe (généralement on parle du 50mm) soit LE véritable objectif à posséder. Les arguments alors avancés sont que contrairement au zoom, la focale fixe pousse à bouger, à réfléchir, à ne pas tomber dans la fainéantise…

Où est la différence entre un individu qui a un 50 fixe, bouge pour son cadrage, déclenche et un autre qui a un zoom, tourne à 50mm pour son cadrage et déclenche ? Franchement, en quoi celui qui a un zoom a t’il moins réfléchi à son cadrage ? S’il l’a modifié grâce à son zoom justement, c’est peut-être parce-qu’il a réfléchi… Mais comme il n’a pas fait cinq pas, c’est un fainéant ? Allons bon ! Pendant ce temps, à devoir bouger, le premier a pu rater l’Instant ! Si l’un est fainéant, l’autre est idiot ! ^^ Mais aux yeux du public, il bouge, il se tortille, donc il fait plus Photographe, c’est ça ? Je croyais que le résultat comptait davantage en photo, j’ai dû me tromper…

Avec mon 24-105L, je réfléchis sans cesse à mes cadrages, je bouge etc., mais en plus, j’ai le zoom. J’ai donc l’avantage de pouvoir faire deux choses… Qui a le plus de flexibilité, de rapidité et de potentiel dans son travail ? Le 300 2.8L me fait rêver, pourtant, la perte de souplesse que cela engendrerait vis-à-vis de mon actuel 100-400L pour la vie sauvage m’inquiète, mais pas du tout pour l’aéronautique. Mon 180L lui, est splendide en macro, mais fait perdre un temps précieux dans d’autres utilisations pour les cadrages (telles que le portrait dans lequel il excelle aussi).

Un objectif très lumineux (ƒ2 et moins), c’est autre chose. On rentre ici dans le domaine de l’esthétique liée au rendu d’une optique, ce qui sort à mon sens du propos fixe/zoom (bien que liés en terme d’optique et de technologie). Cependant, l’accès abordable à des objectifs courts à focale fixe et lumineux est un atout de taille !

– Une couleur,  jaune, rouge ou bleu ?

Rouge, certainement parce que j’ai commencé par là et que l’ergonomie (matérielle et logicielle) me convient bien. L’esthétique des produits joue son petit rôle aussi, j’en apprécie les formes plus sobres. L’intérêt avec ce type de « grosse » marque tient aussi à leur parc d’optiques souvent conséquent.

– Pro ou amateur ?

Mon statut auto-entreprenarial tendrait à considérer l’aspect Pro, dans le sens où je peux faire de la prestation. Mais étant donné que cette activité ne constitue pas la majeure partie de mes revenus, non.

– Studio ou lumière du jour ?

J’affectionne particulièrement les lumières naturelles, mais je n’hésiterai pas à déboucher une ombre avec un flash. Tout cela dépend bien évidemment du besoin et de la prestation à fournir. S’il m’est nécessaire de monter un petit studio, je le ferai, mais c’est bien en extérieur que je vis pleinement.

– Quel style photo te caractérise le mieux ?

Je prends conscience que mon travail se spécialise de plus en plus sur la vie sauvage, les paysages (davantage naturels qu’urbains), et l’aéronautique. Mais je pense avoir aussi des choses beaucoup plus éclectiques.

– Des projets ?

Poursuivre et enrichir ma méthode de partage pour les débutants et amateurs, avec de nouveaux outils et articles, car j’ai beaucoup de plaisir à accompagner dans la photographie, bien que je ne puisse répondre aux questions et interrogations si elles ne sont pas posées. Je compte prochainement sortir un nouvel outil, dans la lignée de ma fonction actuelle de comparaison Avant|Après traitement sur laquelle je m’attache depuis plus de deux ans pour sensibiliser, guider et partager sur le travail d’ajustement que la photo implique. Je souhaiterais à moyen terme, vendre et exposer mon travail.

© Edouard Puginier – Dassault Rafale – Bourget 2011

© Edouard Puginier – Roussette à tête grise / Pteropus poliocephalus – Australie

Merci beaucoup de te prêter au jeu en tout cas et de répondre à ces questions, ça me fait plaisir que tu acceptes !

Cela a été un plaisir Christophe, merci, sincèrement.

Pour plus de renseignements et pour découvrir le travail d’Edouard Puginier, allez visiter son SITE ou son BLOG. Vous êtes curieux de découvrir son workflow ? Cliquez ICI

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